Inter Campus 2022 : le football comme outil de résilience pour les enfants en RDC

L’Inter Milan, géant de football italien, a relancé les activités de ses camps d’Inter Campus en RDC, après deux ans d’arrêt suite à la pandémie. Reportage.

Des enfants tapent dans le ballon, chaque foulée soulève un pan de poussière. Les instructeurs, de blanc vêtu, essaient de trouver des mots justes dans un français teinté de la tonalité italienne. Malgré un soleil de plomb, sous un ciel bleu dégagé sur terrain de football de Chawama, des enfants, maillots de l’Inter Milan arborés, se mettent à l’exercice entre conduite de balle, jeu en équipe et jeu de rôle.

Chawama est un village situé à près d’une heure de route du centre-ville de Lubumbashi. Les maisons au bord de la route sont peintes d’une poussière caractérielle de la saison. Pour s’y rendre, la route passe par Kilobelobe avant de bifurquer dans l’inconnu en offrant un panorama sauvage d’herbes jaune et de vastes espaces verts où sont plantés des milliers de manguiers. Ce lundi 27 juin, 45 jeunes filles et des garçons de moins de 14 ans sont venus participer à la séance inter Campus. Depuis une dizaine d’années, ils attendent avec impatience la période de l’année où les formateurs internationaux débarquent pour travailler avec eux. Cette année, Davide Lubes et Silvio Guareschi, deux formateurs italiens venus de Milan, ont été envoyés pour sillonner six cellules de Lubumbashi.

Travailler avec les enfants

« C’est bien, crie Davide lorsqu’une élève respecte la consigne et oblige le gardien à sortir une belle parade. Ils sont magnifiques ces enfants », nous confie-t-il. Pour travailler, les deux formateurs sont accompagnés de deux autres, locaux, formés par le programme Inter Campus, coach Valentin Fungwe et Jean-Luc Tshola. Ces derniers travaillent trois fois par semaine avec les enfants au cours d’un programme local qu’ils pilotent.

« Nous travaillons avec les enfants pour leur aspect mental, cognitif, émotionnel en les apprenant à surmonter des difficultés. D’habitude, nous avons un grand nombre d’élèves qui cherchent à intégrer le groupe, mais nous sommes limités. Nous essayons quand même de les encadrer pour préparer la pépinière », affirme M. Jean-Luc, enseignant à l’école primaire de Chawama, qui a rejoint l’Inter Campus depuis 11 ans.

Sur le terrain, Silvio avec sa main en visière, applaudit et encourage. Au moment du match, il divise son groupe d’une vingtaine d’enfants en deux groupes mixtes, garçons et filles. Un autre groupe, de ceux qui ne peuvent pas participer à la séance, se tient assis en face du vestiaire construit par Alba, l’ONG partenaire de l’Inter Campus. La communication est très gestuelle, surtout pour Davide qui doit trouver le mot juste pour ce premier voyage au Congo. Au rythme de tirs cadrés, des passes et du suivi de consigne, la satisfaction se lit sur son visage que ses consignes passent.

« Le but c’est de développer les capacités de l’enfant à jouer ensemble. De faire du sport un outil éducationnel. »

Sur le terrain, pas de compétition. On se fait des passes, on assiste les autres pour marquer, on court récupérer le ballon. Pas de plainte contre le coéquipier. De temps en temps, Davide, Silvio ou leurs assistants s’approchent d’un élève pour lui rappeler les consignes, quand le ton tend à monter. Le vent qui souffle calme les esprits, de temps en temps des femmes avec leurs colis posés sur la tête s’arrêtent un instant pour assister à quelques minutes de la séance. Vers 11h, les formateurs se concertent pour organiser la dernière partie de la séance. Pendant une demi-heure, quatre groupes d’enfants courent, sous des appels de balle et des rires, pour disputer une partie de football. Dans le meilleur de cas, chacun a son maillot et des chasubles pour différencier les équipes.

« Le Droit au jeu »

À midi quand la séance s’achève, Silvio, Technical manager et psychologue pour le projet, réuni son groupe en un cercle serré. « On a terminé, merci beaucoup. Merci beaucoup pour vos engagements, vos efforts, votre esprit d’équipe. Restez toujours ensemble en faisant confiance à vos coéquipiers, vos camarades même au milieu des difficultés, c’est le plus important », leur dit-il, baissé pour être à leur taille. Avant de mettre ensemble les mains pour un signe d’unité, il ajoute « amenez ce que vous avez appris dans la vie, dans la famille, à l’école. C’est l’objectif de l’Inter Campus ». Le groupe s’applaudit avant de rejoindre celui de Davide pour une séance de photo de famille.

L’Inter Campus, projet social de l’Inter Milan, a débuté il y a 20 ans en Italie par la volonté de Massimo Moratti, ancien président Nerrazurri : « C’est un projet exclusivement social. Notre objectif n’est pas de trouver le nouveau talent. Notre thème principal c’est le ‘Droit au jeu’ pour les enfants » précise Gabriele Salmi, responsable de Alba et partenaire au projet. « Le but c’est de développer les capacités de l’enfant à jouer ensemble. De faire du sport un outil éducationnel. »

« Pour moi, ça se passe très bien, quand je joue je me sens très bien. Le coach est content il nous dit ne pas nous fâcher et je vois mes amis, » déclare Gloire Songa, 13 ans. Chance, 12 ans, retient les encouragements de son coach à être « joyeuse, de faire confiance à ses amis. »

Former pour « la vie »

Les parents et l’école locale ont donné leur aval pour que l’Inter Campus fasse partie de la formation scolaire de leurs enfants. Comme Valentin Fungwe, plusieurs adultes, femmes et hommes, ont bénéficié de la facilitation d’Inter Campus pour rester à leur tour s’occuper des enfants. Une des formées lors des dernières années, Maguy Safi, a remporté la Coupe du Congo féminine cette saison avec le TP Mazembe féminin à Kinshasa fin juin.

« Nous pensons que ces formations peuvent aider les enfants à mieux gérer leurs émotions, sa confiance et sa connaissance de soi, affirme Silvio, l’ambiance était magnifique et quelque chose d’extraordinaire. »

À Lubumbashi, l’Inter Campus offre ce droit de jeu aux enfants, filles et garçons âgés entre 10 et 14 ans, dans six cellules : Jamaa yetu, Bakandja centre, Chawama, Malaïka, Go Congo et Bumi. Selon les chiffres du projet, plus ou moins 200 enfants bénéficient de l’encadrement sportif et l’équipement pour s’entrainer. « En tant que gardien de la résilience, je suis préparé depuis des formations en 2017. Nous avons bâti un schéma de communication avec les enfants pour les rendre utiles à notre société, » se félicité M. Fungwe.

De retour de Chawama, Iragi Elisha

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