Mondial 2022 : pourquoi le temps additionnel est si long au Qatar (décryptage)

Depuis le début de la Coupe du monde, une nouveauté ne cesse de faire parler d’elle : le temps additionnel. Pour une première dans l’histoire contemporaine du football, ce moment ajouté pour récupérer les instants d’arrêts de jeu suscite des débats et des interrogations dans son application. Décryptage de la dernière révolution made in FIFA.

Si un match en particulier devrait symboliser le débat sur le temps additionnel, l’Angleterre et l’Iran, du 21 novembre, représente l’un des exemples éloquents de la compétition. Au total, Harry Kane et les autres acteurs du jeu ont passé plus de 117 minutes sur la pelouse du stade international de Khalifa, à Al-Rayyan. Près de 30 minutes de plus que les 90 réglementaires.

Pierluigi Collina, l’homme du centre

Le « rallongement » des matchs s’explique par une consigne précise de l’Italien Pierluigi Collina. Le président de la commission des arbitres de la Fédération internationale de football (FIFA), avait passé le message avant le coup d’envoi du mondial qatari. « On veut éviter les matchs à 42, 43, 44 minutes de temps effectif », indiquait-il, prévenant que « les temps de remplacements, de penalty, de célébrations, de soins médicaux ou, bien sûr, de VAR [assistance vidéo à l’arbitrage], devront être compensés. »

Il s’agit, pour le légendaire ancien arbitre du calcio, de réhabiliter le temps effectif de jeu en s’assurant que les 90 minutes d’un match sont disputées sur le terrain. « Si vous avez trois buts en une mi-temps, vous perdrez probablement quatre ou cinq minutes au total pour les célébrations et la reprise », avait-il évalué.

La pluie et le beau temps

Cette petite révolution attend encore de voir dans quelle mesure elle sera suivie dans les championnats lors de la reprise. Nombreux téléspectateurs se délectent encore de « ces minutes de bonheur en plus » comme aimait bien commenter Stéphane Guy, ancien de Canal+. C’est « le fait majeur de cette Coupe du monde » s’enflamme Daniel Riolo, journaliste de RMC dans l’After Foot.

Les temps morts coûtaient jusqu’à vingt-cinq minutes selon certaines estimations. Beaucoup trop au goût de la FIFA dont « l’objectif est moins de réduire les temps morts que de les décompter strictement pour les ajouter en fin de période, afin d’augmenter le temps de jeu effectif », analyse Jérôme Latta dans une chronique parue dans Le Monde.

Dans un éditorial dans le quotidien français L’Equipe, Vincent Duluc y allait de ses éloges. Pour lui : « Cette manière de décompter le temps perdu, les célébrations de but, les remplacements trop lents, les blessures et l’intervention du VAR peut changer le football tel qu’on le connaît. » Et pour cause, « si cet esprit et ce décompte rendent au jeu le temps que les équipes gagnent et qui ne sera plus perdu, le football aura gagné ».

« On est dans un timing serré »

Si ces longs temps additionnels font le plaisir de fans, avec leur lot de dramaturgie, il n’en est pas toujours de même pour les diffuseurs. La chaîne française TF1 a connu une mésaventure, le signal étant interrompu des instants avant la fin du dernier match de l’Equipe de France en phase de groupes. « La FIFA a décidé sans prévenir les diffuseurs que chaque arrêt de jeu serait pris en compte », a fustigé François Pellissier, DG adjoint sport et business de TF1.

« On se retrouve avec des allongements interminables, de huit, neuf minutes et même jusqu’à plus de vingt minutes. Pour une gestion d’antenne, c’est extrêmement compliqué. On est dans un timing serré, on a des contraintes car derrière, il y a des émissions, un journal et un autre match à 20 heures. Cela fait quand même beaucoup de fautes qui incombent à la FIFA. »

La seule bonne nouvelle est que « les diffuseurs pourraient toutefois y trouver des occasions d’insérer de la publicité ou du sponsoring », conclut Jérôme Latta. « Nous avons dit à tout le monde de ne pas être surpris en voyant six, sept ou huit minutes de temps additionnel », expliquait M. Collina lors d’une interview à ESPN. Pour l’instant, c’est tout l’inverse, mais tant mieux pour le spectacle.

Iragi Elisha

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