Mondial 2022 (Q) : ce que doit faire la RDC pour sa qualification (analyse)

Quand ils se sont qualifiés pour les barrages en novembre dernier, les Léopards l’ont célébré, mais une joie avec limites, le plus dur étant devant eux. Ce qui était une histoire des mois, des semaines, ne tient plus qu’à quelques heures aujourd’hui. La RDC a rendez-vous avec l’histoire. L’histoire d’une campagne rêvée et d’une mission à accomplir. L’histoire d’une place au Mondial à chercher et d’un Maroc à avilir. Cette histoire est aussi l’attente de tout un peuple, une attente dont se sont nourris plusieurs congolais et qui nous ont finalement précédés dans l’au-delà jamais rien voir. 180 minutes pour écrire cette histoire, l’encre appelée à couler sur le recto de la page dès ce vendredi, au Stade des Martyrs.

Les Léopards reçoivent les Lions de l’Atlas, match aller du dernier tour qualificatif pour le Mondial. Les spécialistes du football congolais, la presse sportive, ont eu des mots à dire sur ce double duel, des recommandations à faire, une analyse étayée sans retenue, pouvant, si écoutée, servir de levier au sélectionneur et à son équipe dans leur quête du triomphe. De Kinshasa, à Lubumbashi, en passant par Goma et Kisangani, les avis des analystes sportifs avisés nous sont parvenus à foison. Retrouvez dans cet article fourni, ce qu’annonce la presse sportive congolaise comme préalables à la qualification des Léopards à la Coupe du Monde 2022.

Accent et sérieux à mettre dans l’organisation !

Ce n’est secret pour personne. Le désordre et l’impréparation ont pris leurs quartiers autour de l’équipe nationale. Rien qu’à voir parfois la tournure des événements jusqu’au jour J, est aveugle, celui qui ne verra point le manque de sérieux dans l’organisation. Les chevaliers de la plume et du micro se sont déchaînés sur ce volet du problème, ô combien important dans la marche pour le Qatar.  « L’équipe nationale est dans l’état qui lui va le mieux. L’état qui va mieux aux Léopards c’est cette impréparation, ce désordre, quand l’extra-sportif prend le dessus sur l’essentiel, c’est là que nous nous sentons plus ou moins en forme. Le contraire nous étonnerait. » lance Arsène Kayumba, analyste sportif depuis la ville de Lubumbashi. « Mais si la RDC veut se qualifier, elle devra être sérieuse sur le plan organisationnel. Et qu’on évite le triomphalisme, car c’est ce qu’on est en train de voir déjà. Tout le monde veut apparaître, et montrer qu’il travaille pour l’équipe, pensant qu’il suffit de parler pour se qualifier. » prévient Richard Muhima, célèbre journaliste sportif de la ville de Goma, dans le Nord-Kivu.

Fanfan Bitangilay, journaliste et commentateur des matchs sur le RTNC, avance dans le même sens. « La RDC au Qatar en novembre 2022, c’est un rêve réalisable. Il nous faut seulement de la concentration et une très bonne d’organisation. » Richard Muhima revient et interpelle. « Que les politiques cessent de mettre trop de pression sur les joueurs. Que chacun reste dans son champ, pour permettre aux joueurs de se sentir détendent sur le terrain. »

Tensions à bannir entre acteurs

Depuis plusieurs semaines, les relations entre le ministère des sports et la FECOFA (deux principaux organisateurs des matchs) ne sont pas au beau fixe, bonnes d’apparence, mais trop de coups bas, des tensions internes qu’ils tentent parfois de couvrir par des sorties médiatiques, infestées elles-mêmes de la désunion. Ce n’est pas le moment pour ça. « Pour cette qualification, il faudrait aussi que le ministère des sports, la FECOFA et tous les acteurs de cette mission fument au calumet de la paix, ignorent des petits intérêts personnels et que tous soient focus sur la cause de cette équipe nationale. Il ne faudrait pas nous faire revivre la mésaventure survenue en 2014 quand l’AS VClub devait disputer la finale de la Champions League. Tout le monde voulait tirer le drap de son côté, et au finish, Vita n’avait pas remporté le trophée. » rappelle Fanfan Bitangilay.

Depuis le Canada où il se trouve, Patrick Lupika, ancien journaliste de Digital Congo et correspondant de Canal+ en RDC, connaît lui aussi, les divergences qui minent les relations entre le le ministère des sports et la FECOFA. « Je crois que le climat n’est pas du tout bon entre la FECOFA et le ministère des sports. Les deux se regardent en chats et souris depuis plusieurs mois. » aborde-t-il. Et d’ajouter :  « Aujourd’hui, tout ça ne peut aider l’équipe. L’important c’est de mettre de côté ce que l’on peut avoir comme divergence, parce que la paix est plus puissante que la guerre. Les deux parties n’auront pas d’excuse à donner aux congolais si et seulement l’équipe ne venait pas à se qualifier, à cause de leur clash. La nation doit passer au-dessus des querelles et avantages des individus. »

Le match, l’adversaire, le contexte

Face aux Lions de l’Atlas, il va falloir être plus que bons afin d’espérer un bon résultat. En plus, la RDC démarre à domicile, dans une zone Afrique où la règle du « but marqué à l’extérieur » est toujours en vigueur. « C’est pas toujours évident de commencer des matchs à la maison et terminer à l’extérieur. Mais il y a toujours la possibilité de maximiser ses chances, en faisant un bon résultat dès le match avant d’aller négocier le match retour. » reconnaît Gede Luiz Kupa, journaliste sportif proche de l’équipe nationale, et rédacteur à 7sur7.cd. « Je crois vraiment que tout devrait se jouer au match aller. C’est là qu’il va falloir tuer le suspens, l’emporter par deux ou trois buts d’écart. Il est vrai que ça va être difficile parce que le Maroc est une équipe très solide, forte dans quasiment toutes les phases de jeu. » appuie Emery Maurice Kabongo, journaliste à Kisangani, et rédacteur à Léopard Leader Foot.

Le Maroc c’est avant tout, une sélection valeureuse, qui sait marquer, la prémonition d’Arsène Kayumba. « Le Maroc c’est 20 buts marqués et un seul encaissé dans la phase des groupes de ces éliminatoires, pratiquement une moyenne de plus de trois buts par match. Ceci laisse dire que le Maroc peut mettre un but, ou va sûrement marquer un but au Stade des Martyrs, peut-être deux. Et pour se qualifier, il faudra en mettre plus. »

Ce match arrive quelques semaines après la CAN 2021, au Cameroun. Les Lions de l’Atlas n’y ont pas laissé une bonne impression, éprouvés par le Malawi en huitième de finale et, éliminés en quarts par l’Égypte. Beaucoup de congolais se souviennent encore de cette équipe marocaine fébrile et peu sûre d’elle vue depuis le pays de Samuel Eto’o. Mais Richard Muhima déconseille de se fier au passé, récent ou lointain soit-il. « Il ne faut surtout pas juger le Maroc sur ce qu’on a vu à la CAN. Les deux compétitions sont aux antipodes. Qu’on ne se laisse pas aussi distraire par les faits de l’histoire, comme quoi la RDC avait éliminé le Maroc et autres trucs que je vois se raconter partout. Attention ! Nous risquons de nous faire piéger par cette équipe car ce n’est plus la même chose ou le même contexte. »

Le Maroc a échoué en quarts de finale d’une CAN qui n’a pas vu jouer la RDC. Les Léopards sont d’après Fanfan Bitangilay, les plus touchés, et logiquement les plus redevables envers leurs supporters. « Le Maroc fait partie de blessés de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, en même temps, n’oubliez pas que la RDC n’y a pas été. De ce fait, les Léopards paraissent comme les plus touchés, et chercheront sûrement à se qualifier au Mondial. »

Du schéma tactique et style de jeu

C’est l’aspect qu’affectionne plus d’un journaliste. On aime la tactique, c’est elle qui fait généralement gagner les matchs. « Plutôt que dire, on ne change pas l’équipe qui gagne, je préfère ici avancer qu’on ne change pas la tactique qui gagne. » dégaine Emery Maurice Kabongo, qui conseille Hector Cuper de ne pas trop changer son schéma tactique, qui a porté des fruits lors lors du précédent tour des éliminatoires à la Coupe du Monde: « Il devra garder son 4-4-2. Il y aura forcément quelques modifications par rapport aux joueurs qui doivent débuter… Il y a de nouveaux noms, des absents et des habitués. Mais le 4-4-2 est le style qui va aux Léopards, surtout à domicile ».

Avec un effectif pétri de talents, Richard Muhima préconise des choix sans complaisance. « L’adversaire en face est l’une des meilleures sélections du continent africain. Que le sélectionneur puisse aussi jeter son dévolu sur des joueurs qui sont performants dans le moment présent, qu’il ne tienne pas compte de noms. Car faut-il le dire, il y a des joueurs qui affichent depuis un certain temps, leurs limites techniques, et qui ne méritent plus d’être appelés en sélection. »

Explicite, Patrick Lupika demande à Hector Cuper d’apporter du changement, moins dans la tactique mais dans la philosophie. « Le sélectionneur devra révolutionner son système de jeu, essayer de ne pas être trop défensif et de travailler plus, pour avoir une efficacité offensive. Jouer le match aller à Kinshasa, c’est une bonne chose, mais là, faut-il déjà maximiser ses chances de qualification parce les Marocains ne viendront pas avec un jeu défensif. Ils voudront marquer à Kinshasa, ils ont des joueurs par ça. Donc, à Hector Cuper de miser sur une option plus offensive, il a des bons ailiers, et des bons attaquants sur lesquels reposer son système. Après, il faut définir la bonne philosophie de jeu afin de permettre à ces joueurs de bien se retrouver sur le terrain. »

Arsène Kayumba opte pour la simplicité, le naturel. Faire qu’on sait faire le mieux, jouer comme on en a l’habitude. « Que la RDC joue comme elle sait le faire, sans chercher trop de schémas. Qu’on exploite les ailes comme d’habitude, centrer dans la surface pour trouver les attaquants. Car il y a eu plus ou moins 3 buts dans cette phase éliminatoire venus par les centres ou les ailes. Vivement la présence d’Elia Meschack qui en fait, est l’incarnation de l’improvisation, des tirs lointains, des débordements, des centres… C’est de ce genre de joueurs dont on a besoin. » dit-il, avant de poursuivre. « On ne va pas demander à Hector Cuper d’essayer de créer un schéma spécial, aux lignes brisées, ou à la Bibey Mutombo (paix à son âme). Ce n’est pas notre jeu, moins encore la culture footballistique de la RDC. On va, en revanche, demander au coach de faire jouer des athlètes qui ont l’ADN RD Congolais, à l’image de Mukoko Amale. Il va balancer autant de ballons en espérant que ça atterrisse sur un renard de surface, opportuniste ou pas, mais qui pourra faire l’essentiel. »

Les barrages du Mondial c’est le haut niveau. Le haut niveau a ses exigences. Patrick Lupika part du scénario froissant de 2017, pour mettre la puce dans l’oreille du sélectionneur. À lui et ses joueurs de bien gérer les deux matchs, il s’agira aussi de ça. « Il faut tirer des leçons de la dernière non-qualification à la Coupe du Monde (2018). Je me réfère à la qualification perdue contre la Tunisie en double confrontation (2017). Il faut vraiment travailler sur la gestion des matchs. C’est dans ce secteur là que la RDC pèche trop souvent. Être aux portes de la Coupe du Monde c’est bien, mais se qualifier c’est mieux. Quand il s’agit des rencontres contre les sélections du Nord de l’Afrique, on a l’impression que la RDC est complexée et souffre énormément dans la gestion de ses temps forts et temps faibles. » fait remarquer Patrick tout en ajoute une autre charge à Hector Cuper. « On devra donc travailler sur l’état d’esprit des joueurs pour casser ce complexe. »

De la détermination et la motivation des joueurs

Avec derrière eux, le soutien indéfectible du président de la République, du gouvernement et de tous les congolais, les Léopards ont la lourde mission de ne pas faire tomber tous les espoirs à l’eau. Une prime de 20.000 leur aurait été promise, mais ce n’est pas d’abord une question d’argent, celle d’honneur et de fierté à rendre à un peuple qui n’attend que ça pour jubiler et oublier certaines de ses souffrances quotidiennes. La détermination et la motivation des coéquipiers de Chancel Mbemba paraissent tel un facteur X dans la conquête de cette qualification. Les joueurs doivent se transcender sur le terrain” lance Gede Luiz Kupa. « Mouiller le maillot pour l’équipe nationale doit être l’idéal de tout footballeur, qui plus est, pour une éventuelle participation à la Coupe du Monde. Chaque joueur aimerait l’avoir à son palmarès. Voilà quelque chose qui doit motiver les Léopards. » insiste Fanfan Bitangilay. Et Patrick Lupika vient enfoncer le clou. « La seule raison pour laquelle les joueurs descendront sur le terrain est de chercher la qualification. Sans aucune discussion, il faut prendre ces matchs contre le Maroc comme une finale et quand tu es en finale, c’est pas pour la jouer, mais la gagner. » Tout est dit à quiconque voudrait l’entendre.

Bonne chance aux Léopards.

Isaac B’ampendee

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