Analyse : « face au Soudan, l’erreur fondamentale de Sébastien Desabre a été de vouloir accorder du temps de jeu à tous »

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En affrontant le Soudan à Benghazi, la RDC partait avec plus qu’une longueur d’avance. En septembre, face au même pays, les Léopards l’emportaient 2-0 grâce à Théo Bongonda et Fiston Mayele pour se qualifier brillamment pour la CAN 2023. Quelques jours avant ce match, les Crocodiles du Nil, qui jouent en déplacement dans le Maghreb, n’avaient obtenu qu’un match nul contre le Togo, sur un but sur pénalty. C’est donc en avantage psychologique et mathématique que les coéquipiers de Chancel Mbemba se sont présentés au stade des Martyrs de février.

Sur le terrain, la première responsabilité de la défaite revient bien aux joueurs. Souvent nonchalant dans le dernier geste, à l’image des actions inabouties de Silas Katompa, les appels incessants sans suite de Meschack Elia pour mieux attaquer et des corners ou coups de pied mal dirigés de Kakuta. Cependant, comme le rappelle le dicton : « il n’y a pas de mauvaise troupe, il n’y a que de mauvais capitaine ».

Lors de ses précédents matchs, une série de quatre victoires en matchs officiels, Sébastien Desabre a cueilli, malgré sa modestie et sa vision long terme, les louanges sur ses ajustements en plein match, ses choix de départ ou encore ses nombreuses discussions pour ramener les binationaux en sélection. Autant ces lauriers, autant ces épines après le revers inattendu et imprévisible en Lybie.

Quelle est donc la responsabilité de Desabre ? Il a dérogé à la règle, parfois suprême et souvent citée, dans le football : « On ne change pas une équipe qui gagne ». Face au Soudan Desabre a changé et c’est bien là une démarcation avec sa propre ligne de conduite. De l’équipe qui a gagné contre la Mauritanie, seuls 7 joueurs ont été reconduits contre les Soudanais : Mpasi, Mbemba, Kayembe, Kalulu, Inonga, Pickel et Wissa. Beaucoup trop au regard du résultat.

La contre-stratégie

Depuis de nombreux mois, le Français sillonne l’Europe pour convaincre les binationaux à rejoindre la tanière. Avec un certain succès. Les venues de Simon Banza (Braga, Portugal), Charles Pickel (Cremonese, Italie), Silas Katompa (Stuttgart, Allemagne), Lionel Mpasi (Rodez, France), Grady Biangan (Westbromwich Albion, Angleterre), symbolisent ce virage. L’échec Aaron Wan-Bissaka ne dépend pas seulement du sélectionneur, mais surtout de l’entêtement de AWB de jouer pour les Three Lions, quoi qu’il en coûte. Cette stratégie du natif de Valence, si elle se révèle payante dans une certaine mesure, comporte son hiatus de faille. Et c’est bien là qui a, peut-être coûté les trois points aux Congolais : la répartition du temps de jeu.

Était-il indispensable que Diangana et Banza débutent le match contre le Soudan ? La réponse est semble-t-il non, et ce, à la lumière des choix de Desabre. Dès les débuts de la seconde période, il a sorti l’attaquant de Westbrom à la faveur d’un Gaël Kakuta (46e), qui a manqué du mordant, et plus tard, Simon Banza a cédé sa place à Cédric Bakambu, sans grand succès (70e). Banza n’avait, avant sa titularisation surprise, compté que 14 minutes sous le maillot des Léopards, 28 pour Diangana, le tout en amical contre la Nouvelle-Zélande.

Étaient-ils prêts ? La pression d’une titularisation dans un match à si grand enjeu a-t-elle pesé sur cette paire d’attaque qui, malgré les 70% de possession en première mi-temps, la RDC, n’avait tiré que 3 fois au but pour 2 tirs cadrés ? Il y avait-il pour le sélectionneur une envie de faire plaisir à ces nouveaux en match officiel ? au de-là de stratégie de cadenasser leur nationalité sportive, qui était déjà un acquis après leur accord de venir à Kinshasa ?

Ces constants changements, qui ont le mérite de réussir à Desabre, 5 victoires, 1 nul et 2 défaites depuis sa venue, trahissent aussi un perpétuel questionnement, une mouvante construction auxquels se livre l’homme de 47 ans. S’il a trouvé la manière de gagner, il lui tarde de trouver les hommes avec qui le faire sur la durée, un onze type solide et imbibé de sa philosophie de jeu. Pour un projet de 2026, rien ne semblerait presser, pourtant, en réussissant à qualifier la RDC à une CAN déjà inespérée, Sébastien Desabre a aussi déclenché une attente et d’énormes espoirs qui pourraient revenir vite sur lui comme un boomerang, en plein soleil de janvier.

Elisha Iragi

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