Enquête exclusive : les dessous de la valse des départs à l’AS VClub

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La saison, à peine terminée, l’Association Sportive Victoria Club, est déjà confrontée à ses premiers problèmes. Avant même de penser au mercato pour renforcer un effectif qui a prouvé toutes ses limites cette saison, le club de Kinshasa s’est, à la surprise générale, départi de plusieurs de ses joueurs, 18 pour être précis. Cette valse de départs pourrait s’étendre, car personne n’a de place garantie dans l’équipe tant que la saison prochaine n’aura pas démarré.

Officiellement, on parle d’une « résiliation de contrat à l’amiable » pour certains joueurs, et pour d’autres, un refus « légitime » du club de les prolonger. La communication de VClub sur cette réalité curieuse, est super stratégique. Les dirigeants ne comptent pas alimenter les polémiques, s’attirer les critiques, bien qu’elles soient déjà présentes, et éviter de susciter les grandes interrogations chez les supporters. Et ç’a vraiment l’air de marcher.

Perplexe devant ces annonces des départs (même des joueurs majeurs), notre rédaction a puisé le plaisir de plonger au cœur des faits, au motif d’établir la vérité dans l’ombre de ce qui ressemble à une énigme. Dans cette enquête dans laquelle sont intervenus dirigeants de VClub, joueurs remerciés et restants, fans proches du club et sportifs avisés, nous allons présenter une version détaillée des choses non-dites, des faits insoupçonnés qui minent l’AS VClub et son administration, et qui sont aussi, et en grande partie, à la base du départ « arrangé » de plusieurs athlètes. Pour des raisons personnelles, nos sources dans cette enquête ont préféré garder l’anonymat.

Ils sont tous partis

Tout commence le 20 mai. L’AS VClub annonce alors le départ de 4 joueurs ; Patou Ebunga (capitaine), Varel Rozan, Peter Mutumosi et Serbi Alongo. Au lendemain de cette annonce, notre rédaction a tenté de comprendre ce qui se passait exactement, en entrant en contact avec la direction de communication du club Vert et Noir. La réponse reçue était pour le moins empirique ; “Ces quatre joueurs ont été remerciés par la direction du club vert et noir, et sont en possession de leurs lettres de libération depuis le week-end” rien de plus.

Dans la foulée, d’autres joueurs vont partir, et le comptage devient mathématique. 5, 6, 7 jusqu’à 18. La curiosité des sportifs grandit, les spéculations vont dans tous les sens, la vérité n’est que sur peu de lèvres. Comment y voir la logique tandis que plus de la moitié de l’équipe s’en va au cours d’un même mercato ?

  1. Olih Jacques
  2. Varel Rosan
  3. Peter Mutumosi
  4. Patou Ebunga
  5. Jacques Temopele
  6. Foé Ndongo
  7. Jérémie Mbuyi
  8. Guy Mfingi
  9. Elias Dianda
  10. Taggy Etekiama
  11. Ganiou Nassif
  12. Lema Mabidi
  13. Ismaël Zagre
  14. Eric Kabwe
  15. Glody Kikwama
  16. Jacques Mangoba
  17. Manassé Mutatu (le plus récent)
  18. Serbi Alongo (quelques mois plus tôt)

Le direction se fiche du déséquilibre qu’une telle décision peut engendrer, et de la cohésion ou l’alchimie qui sera difficile à trouver la saison prochaine.

Les dessous des cartes

Les canaux officiels nous rapportent que “VClub n’a pas été satisfait du rendement de ses joueurs sur la saison 2022-2023”. C’est bien réel. Beaucoup de joueurs recrutés la saison dernière n’ont pas été à la hauteur, d’autres n’ont quasiment pas joué, surtout les Ouest-africains. Un haut cadre de VClub l’a reconnu ; “La fois dernière, nous avons recruté à la sauvette, sans vraiment tenir compte de ce qu’on voulait exactement. Les joueurs venaient de partout et ce n’était pas bien fait.” Mais ceci n’est pas l’unique raison, loin s’en faut. Selon les informations recueillies dans le cadre de notre enquête, les dirigeants de VClub ont surtout été déçus par le comportement des athlètes. “Nous n’allons pas étaler tout sur la place publique, nous sommes quand même galants. C’est la première saison que Vita Club était obligé de négocier à chaque match pour que les joueurs montent sur le terrain” s’indigne ce membre du comité de coordination à notre rédaction.

Cette attitude « déplorable » des joueurs, est aussi, selon la version volontairement répandue par les membres du club, le fil conducteur à la résiliation et/ou au non-renouvellement des contrats des joueurs partis. “On veut travailler correctement, et les personnes indisciplinées, on les mets dehors pour avancer”, précise ce cadre du club à notre rédaction.

Au vu de ce qui est énoncé par les officiels, nous avons eu l’impression que le puzzle était constitué, et qu’il n’y aurait rien de plus à redire, tant les raisons, telles que présentées, paraissent crédibles et valables. Seulement, il suffisait de pousser notre fouille loin de murs verts et noirs, pour se rendre compte qu’il y a une autre version des faits, utile à connaître. “En réalité, plusieurs d’entre nous voulaient rester. Nous aimons beaucoup VClub, c’est le club qui nous a tout donnés, mais les conditions dans lesquelles on évoluait étaient devenues inacceptables”, nous confie un des joueurs remerciés.

La thèse de l’indiscipline

L’argument « indiscipline des joueurs » a plausiblement été trouvé par les dirigeants des Dauphins Noirs pour justifier leur décision. Et Il n’est pas totalement faux. « Nous avons cumulé plusieurs mois d’arriérés” raconte un autre joueur à notre rédaction. “Après quand tu réclames, on te traite d’indiscipliné”.

Un régime de terreur s’était emparé de la gestion de VClub au cours de ces derniers mois, commençant par le sommet, Bestine Kazadi. “Elle est une présidente qui n’écoute personne, sauf si la situation devient très délicate et ingérable” témoigne un sportif avisé ayant des liens forts avec VClub. “Elle se fout de tout ce qui se passe. Elle est rarement là. Ce sont les vice-présidents et conseillers qui gèrent le club pour leurs intérêts” ajoute-t-il.

L’inflexibilité et l’insouciance de la présidente, sont étonnement, copiées par par d’autres membres du comité, au grand dam des joueurs. “Même quand on est frappé par un deuil important, le club réagit difficilement, presque jamais. On peut appeler la présidente mille fois, elle ne répondra pas. Les autres personnes au club ne s’en font pas non plus” révèle un joueur récemment mis à la porte.

Le point de bascule

“Avant même qu’ils ne décident de me remercier, mon agent et moi, étions déjà résolus de partir. Avec tout ce qui se passe, ce n’était pas possible de continuer dans ce club” nous relate un joueur, affirmant ainsi que beaucoup de ses coéquipiers étaient dans la même situation, exaspérés par les méthodes VClub. “On a informé le club et ils ont mis du temps avant de me remettre ma lettre de libération. Mon contrat courait vers son terme, et je ne pouvais renouveler ” poursuit-il.

La santé financière de VClub n’a pas été bonne tout au long de la saison. Les Moscovites n’ont pas eu tous les moyens de leur politique. En interne, on accuse Bestine Kazadi de ne pas “prendre la mesure de la situation” et “elle ne comprend pas ce que ça implique de diriger une équipe à la taille de VClub”.

Le point central de la rupture entre VClub et beaucoup ses joueurs, a été l’argent. “Ils ne voulaient pas qu’on en parle, pourtant c’est notre droit”, ce joueur nous révèle instantanément que, “même les frais de mission débloqués par le gouvernement congolais en faveur du club, ne sont arrivés que deux fois/6 cette saison, en Ligue des Champions.”

Incapables de vivre sans réclamer leur dû, en dépit de règles rugueuses fixées, certains joueurs étaient devenus des éléments gênants pour l’équipe, les taupes du vestiaire. “Ils ont dit que les grands/anciens influençaient les jeunes. Par conséquent, il vaut mieux s’en débarrasser.” rapporte un des joueurs partis. Un officiel contacté par notre rédaction, nous a avoués ce fait, à demi-mot. “L’état d’esprit du groupe n’était pas bon. Comprenez-le comme ça. Par état d’esprit, je dis beaucoup de choses et ces joueurs là n’étaient plus dans notre logique” nous a-t-il expliqué.

Si les joueurs libérés continuent à reprocher à leur ancien club le non-respect des engagements contractuels, la version officielle est formellement différente. “À ce jour, VClub n’a aucune dette des joueurs partis, ni même de ceux qui sont restés. Habituellement, nous payons le 6. Au mois de mai, les joueurs ont été payés le 20, pour leur permettre d’aller en vacances” nous confirme un dirigeant officiel de haut rang.

Le portefeuille d’un VClubien

Dans chaque équipe, tous les joueurs ne touchent pas le même salaire, VClub ne fait pas exception. Tout dépend du contrat signé. Nous avons pu obtenir les deux extrémités salariales auprès des sources dignes de foi. Le joueur le moins payé de l’équipe perçoit autour de 500$, le mois, et le mieux payé ne dépasse pas les 3 600$. Au rang de mieux payés, figue naturellement plus d’expatriés, à l’image de Marouf Tchakei, le plus gros salaires de l’effectif.

Quant aux primes, pour un match gagné c’est 200$, 0 rond pour un match nul ou une défaite. Mais ce n’était pas régulier non plus. “Il y a eu parfois des promesses après nos victoires, on a attendu et l’argent n’est pas venu”.

La fin à double vitesse

À la séparation, tous les joueurs ont été évidemment payés, d’après les témoignages et confidences reçus. Il y a néanmoins un hic. À titre d’exemple, celui à qui VClub devait 5 mois de salaire en tout, n’aurait perçu que 3, sans en faire un problème, pour autant. Un compromis à l’amiable pour une séparation dans le calme, dont VClub ne devrait pas se faire du mouron, puisqu’aucun des joueurs contactés ne menace d’initier une quelconque plainte contre la direction des Dauphins Noirs, du moins jusqu’à présent.

“J’ai accepté ce qu’ils ont proposé de me payer. Je ne pouvais pas créer des problèmes. J’ai voulu partir dans le calme, en étant reconnaissant envers ce club qui m’a tout donné”, admet un joueur. Il y a tout de même du moins bon dans cette rupture. Selon nos informations, les plus malheureux ont vu leurs passeports être retenus par le club, pour avoir été irréductibles et peu flexibles dans les négociations pour la séparation. Le club a rejeté le fait en bloc, estimant qu’il s’agit là d’une « accusation gratuite ». Mais notre rédaction n’en reste pas moins convaincue de son authenticité, sur fond des révélations reçues.

Pour finir, en nous rendant au quartier Matonge, dans la commune de Kalamu, où loge une quinzaine de joueurs, nous avons fait la connaissance des choses encore inédites. “Les joueurs de VClub sont ici depuis plusieurs mois, c’est incroyable la façon dont ils vivent. Tu ne peux pas croire qu’ils jouent pour le deuxième plus grand club du pays” s’exclame un voisin que nous avons approché. “De fois, ils éprouvent des difficultés pour manger. Ils sortent la nuit pour se chercher quelque chose à mettre sous la dent et on les voit ici” enchaîne-t-il. Allégations qu’un des joueurs de VClub n’a pas niées ; “Il est vrai que parfois c’est difficile de manger normalement, Madame Bestine nous oublie. Et même pour ça, on doit réclamer.”

Nous pouvons toutes fois démentir la rumeur répandue le moi dernier sur la toile, prétendant que les joueurs de VClub ont été chassés de leur hôtel, faute de payement du loyer. C’est tout faux. En revanche, la vie dans ces sobres appartements de l’un des quartiers les plus chauds de Kinshasa, n’était pas un long fleuve tranquille. “C’était vraiment compliqué” reconnaît un joueur. “Imaginez qu’un jour, il y a eu une chute de tension du courant dans le bâtiment, quelques appareils ont été endommagés, mais c’est dans le salaire des joueurs que l’argent a été retenu pour réparer les préjudices” se souvient-il.

Beaucoup reconnaissent encore à ce jour, que le VClub de Bestine Kazadi est loin du mérite de celui du Général Gabriel Amisi. “Je ne sais pas si on retrouvera ce niveau” s’interroge un fan « dépité » par “la gestion catastrophique de l’actuelle coordination” qui, selon lui, “fait perdre à VClub son aura, et réduit sa grandeur.”

Isaac Bampendee


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