FIFA : « sur le Rwanda, il n’y a pas un mot » Romain Molina critique la gestion des instances internationales

La FIFA organisera son 73e congrès, lors duquel sera élu son prochain président, à Kigali, au Rwanda. À la même occasion, les élections du nouveau président de l’instance seront organisées, Gianni Infantino étant l’unique candidat. Le journaliste français Romain Molina a critiqué la gestion du cas rwandais, accusé d’alimenter la guerre en RDC.

Depuis quelques semaines, une partie de l’Est de la RDC vit de nouveau sous le feu suite à la résurgence du mouvement rebelle des M23. Le gouvernement de la RDC accuse le Rwanda de soutenir les rebelles, auteurs de plusieurs crimes contre les populations dans ce territoire. Dans une vidéo, « Rwanda : l’image du sport pour oublier la réalité de l’Est de la RDC ? », postée sur sa chaine YouTube, Romain Molina, journaliste français connu pour ses livres et son travail d’investigation pour The Guardian, le New York Times, CNN ou encore Josimar, a critiqué la gestion du cas rwandais dans les institutions internationales.

« Aujourd’hui, c’est qui est incroyable c’est qu’il n’y a pas un mot des instances sportives internationales. Elles qui sont promptes à élever les droits de l’homme, la tolérance, etc. à chanter à tue-tête la démocratie, mais sur leur Rwanda, il n’y a pas un mot », s’étonne-t-il, dans sa vidéo qui accumule plus de 31 300 vues.

Ces dernières années, le Rwanda a multiplié ses investissements dans le sport international, apparaissant sur les maillots de grands clubs au monde dont Arsenal (Premier League anglaise) et le Paris Saint-Germain avec le slogan « Visite Rwanda ». « Le Rwanda a investi et il sait où il a investi. Ils ont énormément des cabinets des relations publiques pour améliorer leur image et ils le font très bien. Et tous les partenariats qu’ils ont donnent une crédibilité au régime de Paul Kagame. »

Le Pays des mille collines s’est offert une place de choix au sein des instances internationales du sport. La première édition de la Basket Africa League (BAL), organisée dans un partenariat entre la NBA et la FIBA, a eu lieu au Rwanda, tout comme la phase finale de l’édition 2022. Le Tour du Rwanda a été inscrit sur la liste des tours reconnus par l’Union Internationale de Cyclisme (UCI), rendant le pays quasi « incontournable » du sport mondial.

L’influence du Rwanda s’exprime aussi dans les évènements et les postes, précise le journaliste. Le bureau régional de la FIFA a été implanté à Kigali et le nouveau patron d’éthique n’est autre que l’ancien procureur du Rwanda selon l’auteur de « The Beautiful Game : foot, guerres et politique ». « On connaissait le Rwanda pour d’autres raisons, mais aujourd’hui, on le connait aussi pour le sport. D’où l’intérêt d’avoir initié des partenariats avec Arsenal et tout ce que l’on partout. Selon le ministère du Tourisme rwandais, cela a eu un impact sur les visites de son pays. »

« Les médias n’en parlent pas »

Évoquant le partenariat supposé entre le Rwanda et le PSG, que la twittosphère congolaise fustige avec le hashtag #RwandaIsKilling, Molina précise qu’ « en réalité, le partenariat PSG-Rwanda est un accord Qatar-Rwanda. Le Qatar utilise le PSG pour négocier certains contrats en Afrique ou le Qatar investi. Le deal est politique. »

« Le Rwanda pèse à tout le niveau du sport international même jusqu’à la commission d’éthique de la FIFA, potentiellement la juridiction la plus importante du sport, de par la popularité du football. Il ne faudrait pas s’étonner que le Rwanda demande d’organiser une CAN dans l’avenir. »

D’après le CICR, les affrontements entre les M23 et les forces armées congolaises, FARDC, ont causé plus de 72 000 déplacés, fin mai. Un chiffre qui pourrait avoir évolué. Romain Molina fustige surtout le silence de médias sur la question. « Pendant ce temps-là, il y a des gens qui meurent. Il y a le rôle trouble du Rwanda dans la guerre à l’Est de la RDC, les médias n’en parlent pas, même en Afrique. C’est un des conflits oubliés parce qu’on n’arrive pas à connaitre la vérité. Il y a beaucoup des gens qui meurent à l’Est du Congo en silence, des animaux sont victimes des braconniers ou des trafics. »

« Les institutions sportives sont quand même très pratiques afin de cacher certains actes », conclut-il, dans son analyse de la géopolitique du sport.

Iragi Elisha

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